Fraternité sacerdotale: témoignage

Un prêtre séculier porté par les charismes et l’Histoire de l’Ordre des Prêcheurs


Entrer dans une fraternité sacerdotale c’est, à mon avis, répondre par libre choix à un appel. En fait, dans notre formation académique au Séminaire nous ne sommes pas préparés à rejoindre un groupe informel ou plus charpenté de prêtres séculiers. Cependant au fil du temps, et c’est surtout vrai après l’ordination, nous sentons le besoin de nous dire, de nous penser, de partager entre prêtres les fruits de notre ministère commun. Quelques uns rejoindront l’Apostolat du Clergé, tandis que d’autres se sentiront plus à l’aise à « Jésus Caritas »… ; et d’autres encore dans la fraternité sacerdotale de saint Dominique… A chacun selon son appel et son désir d’y répondre.

Appel à servir le Seigneur en son Eglise et dans le monde ; mais appel également à partager notre enthousiasme, notre prière, nos joies et nos questions dans le ministère entre prêtres mus par un même esprit, une même volonté d’annoncer l’Evangile selon le mode particulier de l’Ordre des Prêcheurs, à la suite de saint Dominique et de tous ceux qui ont marché à sa suite.

C’est ainsi, qu’après une année de noviciat, j’ai été appelé à prendre l’habit de l’Ordre et de faire profession temporaire – dans les mains du Fr. Henry Donneaud, op. – prieur conventuel de Marseille - pour trois ans au sein de la Fraternité sacerdotale dominicaine du Bienheureux Bertrand de Garrigues de Nîmes. Cette célébration a eu lieu au couvent saint Lazare de Marseille, le jeudi 24 mai dernier, en la fête de la translation des reliques de Saint Dominique.
Etre prêtre diocésain et vivre de la spiritualité de l’Ordre dominicain en suivant une Règle, en faisant Profession, en portant l’habit de l’Ordre, en partageant l’idéal et la prédication de l’Ordre des Prêcheurs.

Devenir membre de la Fraternité sacerdotale dominicaine de Nîmes, c’est le fruit d’une amitié
L’amitié d’un visage qui se découvre peu à peu, au fil du temps. C’est, également, l’histoire d’une rencontre, d’un homme, d’une portrait. Non… Une figure, un tempérament, un regard sur les hommes de son temps, sur le monde et sur l’Eglise. J’ai été pétri par la terre d’Espagne, terre de mes origines familiales… Terre mélangée, contrastée, aride, passionnée, vertigineuse, naviguant toujours entre la vie et la mort, mystique et « endiablée » comme le rythme du paso andalou, mystique et rêveuse aux terres d’hier, acceptant le sort des terres sinueuses de Castille et des vertes prairies de Catalogne, du pays Basque, de Galice et des Asturies. Terre de Cervantes, de Don Quichotte, de Lope de Vega, de Bartolomé de las Casas, de la Madre, de Jean de la Croix, de Jean de Avila, Ramon Llull, de Vincent Ferrer, du chevaleresque Ignace de Loyola et de son frère François-Xavier, Francisco de Quevedo, du romantique Federico Garcia Lorca… et de Dominique de Guzman.

Je suis, donc, entré dans la Fraternité sacerdotale dominicaine du Bienheureux Bertrand de Garrigues de Nîmes (un des premiers compagnons de saint Dominique). Dans cette petite fraternité nous sommes aujourd’hui Cinq. Il sont beaucoup plus nombreux à Toulouse.


J’ai l’impression d’avoir vécu ce jour-là, des rares moments de bonheur au cours de la messe durant laquelle j’ai fait Profession (temporaire pour trois ans). J’ai été très ému méditatif. Très touché par l’homélie du Fr. Denys Sibre, op. de Montpellier et par les mots adressés par le Fr. Henry Donneaud, op. de Marseille. Ma joie à vrai dire était plus intérieure, retenue, émue aux larmes intérieures. Le Seigneur me faisait un très beau cadeau sous le regard bienveillant du Fr. Dominique, notre Père ; et de tous les saints de l’Ordre. Vouloir la miséricorde de Dieu et celle des Frères. Miséricorde sur nos vies, pour nous mêmes, nous reconnaissant ainsi petits et faibles, et demandant la grâce pour avancer chacun et tous à la fois dans le mouvement de pardon que Dieu fait. Contempler et vouloir transmettre ce que l’on a médité, et apprendre à être des hommes et des femmes qui recherchent continuellement la Vérité ancrée dans le témoignage évangélique et cachée dans le cœur des hommes et du monde. Une vérité qui ne s’impose pas mais qui s’offre. Un travail patient sur soi, au cœur de la vie de ceux vers qui nous sommes envoyés, un travail dans la prière et dans l’étude pour ad-venir. Se soucier des plus petits, des désespérés, des pécheurs, de tous ceux que la société ne rejoint pas… rire et pleurer avec eux. Prendre le bâton pour la route et redire. Lorsque je regarde les membres de la famille dominicaine, je les perçois vraiment comme des frères et des sœurs. Je me sens véritablement leur frère. Je ressens une complicité, une connivence, un attrait, un même cœur pour les mêmes choses. Je partage, dans mon cœur, ce qui se vit là ou là.


Vivre en fraternité de prêtres séculiers dans l’esprit de saint Dominique
Entrer dans une fraternité dominicaine pleinement rattachée à l’Ordre, n’est pas la dernière facétie à la mode pour prêtre diocésain recherchant un « point d’ancrage ». Au contraire, il me semble que le fait de devenir membre de l’Ordre, entre davantage dans une démarche à la fois globale et en même temps plus à l’intime du cœur du prêtre voulant réaliser son ministère en fraternité de pensée et d’actions apostoliques avec d’autres frères. Or, les Dominicains, donnent cette possibilité au clergé séculier de pouvoir vivre de l’esprit de saint Dominique tout en restant membre à part entière de l’Eglise diocésaine dans laquelle le prêtre est incardiné (je suis du diocèse de Montpellier).
La société a changé et la façon de penser le ministère sacerdotal et l’Eglise évoluent également. Les repères de jadis sont en train d’exploser, et il nous faut en Eglise mettre en avant sans crainte et avec courage cet adage romain « Ecclesia semper reformanda ». L’Eglise est appelée à se réformer au cœur de la Tradition. L’Eglise toujours en devenir, en état de se réformer dans le souffle de l’Esprit Saint. Cet Esprit de Pentecôte prié instamment par le Pape Jean-Paul II en vue de la deuxième évangélisation parle aux Eglises de manières nouvelles. J’y vois, pour ma part, une chance pour l’Eglise catholique et pour nous, prêtres diocésains et membres de l’Ordre des Prêcheurs. Une chance d’être nourris par l’Histoire, les charismes propres à la famille dominicaine et la richesse de l’ensemble de ses membres (frères, moniales, sœurs apostoliques, prêtres séculiers dominicains, laïcs dominicains), par la prière de tout l’Ordre, par la recherche ensemble de la Vérité (veritas)… Mais j’y vois, aussi, une chance pour l’Ordre lui-même de se nourrir des fruits de prêtres diocésains qui partagent le même amour des autres, de l’étude et de la prière, la même soif de contemplation et de prédication. Ce que vit le prêtre dans sa paroisse peut apporter à l’Ordre une autre façon d’être, de faire, de penser ensemble, de faire ensemble, de prêcher pour ouvrir des horizons nouveaux. Il faudrait là tout un développement pour expliciter les contours d’une « chance partagée », d’être des ponts qui renforcent et fructifient notre présence au monde par le moyen de la prédication, de l’étude et de la prière – en commun. Autant de lieux de grâces pour les uns et pour les autres.
Le Frère Guy Bedouelle, op. précise bien cette fécondité de la Grâce qui agit au sein de la famille dominicaine :
« La fécondité de la Grâce de la prédication a fait surgir dans l’Histoire d’innombrables branches tout en les reliant, en raison du service de la mission apostolique, au centre de l’Eglise. Avec les frères, les sœurs, les laïcs, la famille dominicaine dont le nom se décline « au pluriel » répond à l’invitation très large de l’Apôtre : « nous devons accueillir de tels hommes, afin de collaborer à leurs travaux pour la vérité (…) diverses sont les grâces, avec pourtant le même Esprit, une unique charité, une unique miséricorde. (…) Chacune a son caractère propre, son autonomie. Cependant en participant toutes au charisme de saint Dominique, elles partagent entre elles une unique vocation d’être prêcheurs en Eglise ».
Vivre en fraternité pour partager avec d’autres frères prêtres diocésains le fruit de la contemplation et aller ensemble prêcher comme membres du clergé séculier et membre de l’Ordre de Saint Dominique.
Dans cette aventure, nous ne sommes pas des prêtres à côté des uns des autres, mais prêtres et frères ensemble, en vue de la « Sainte Prédication». Nous avançons au rythme de l’Esprit Saint qui parle à chacun de façon particulière, et nous fait agir comme prêtres séculiers pleinement rattachés à l’Ordre des Prêcheurs avec qui nous cheminons, nous prions, nous travaillons ; et sans doute nous nous réalisions avec d’autres ! Nous sommes ensemble sur le chemin de la prédication, prêchant comme toute la famille dominicaine. Nous voudrions vivre cet adage : « contemplare et aliis tradere contemplata » à la suite de notre Bienheureux Père saint Dominique, en témoignant par toute notre vie de prêtre séculier ; en prêchant, bénissant et louant comme Frère de la Fraternité du Bienheureux Bertrand de Garrigues de Nîmes, le Seigneur notre Dieu.

Un membre de la Frat. op. Bx Bertrand de Garrigues de Montpellier

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