En souvenir des frères Joseph Kopf et Pascal Vennin

Fils de la province de France et Provincial de la Province dominicaine de Toulouse

Le 9 mai 1967, le P. Joseph Kopf adresse une première lettre aux dominicains méridionaux qui viennent de lui confier le gouvernement de la province de Toulouse : « Le fait d’élire Provincial un frère d’une autre Province manifeste que les temps sont changés, que les frontières naguère infranchissables sont devenues perméables et que l’unité des Dominicains français commence à se construire. Il faut s’en réjouir car cette unité est indispensable pour l’économie de nos forces, leur utilisation judicieuse, et pour la vitalité de nos entreprises. » Quand il rédige ces lignes, le P. Kopf est un supérieur rempli d’expérience : il a été deux fois prieur du couvent Saint-Jacques (1951-1957) et a gouverné la province de France de 1957 à 1967. Ce vœu d’unité qu’il forme pour les Dominicains français mais aussi pour les frères, à l’intérieur de la Province et dans chaque communauté, le P. Kopf en sait la difficulté. Les épreuves de toutes sortes ne manquent pas. En premier lieu la province a contracté des dettes importantes pour financer la construction des « Nouveaux Jacobins ». Une deuxième difficulté tient dans l’intégration manquée des écoles de l’ancienne congrégation enseignante dans la Province. Au plan intellectuel, c’est une troisième difficulté, les séquelles de la crise saint-maximinoise de 1957 se font lourdement sentir : la Province de Toulouse ne peut assurer de manière satisfaisante la formation de ses étudiants et même des novices. Enfin, la mise en œuvre de l’aggiornamento après le Concile suscite des réactions vives et révèle des divergences de vues profondes dans les communautés. Bien entendu, beaucoup de choses « marchent » et c’est avec enthousiasme et souvent avec succès que des frères de la Province font œuvre apostolique. Il n’en reste pas moins qu’à ce tournant post-conciliaire de l’histoire de l’Église, de l’Ordre et de la Province, le P. Kopf a eu fort à faire pour collaborer à l’œuvre de l’Esprit-Saint qui assouplit ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid et redresse ce qui est tordu… Sans doute n’a-t-il pas réussi en tout mais la confiance des capitulaires de Toulouse qui l’ont réélu pour un deuxième mandat en janvier 1972 témoigne en sa faveur. Il faut faire un ajout. En plus de ses qualités personnelles, le P. Kopf disposait d’un « atout » extérieur sans prix : peu après son arrivée à Toulouse, il sollicita l’aide du frère Pascal Vennin, de la province de France, pour assurer le secrétariat provincial toulousain. Il était avec lui en pleine confiance. Avec discrétion et une efficacité hors pair, le frère Pascal Vennin réorganisa profondément le secrétariat provincial.
Au P. Kopf, au fr. Pascal Vennin, la Province de Toulouse doit beaucoup. Prions pour eux.
Requiescant in pace.
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Au début de son premier provincialat, le P. Kopf remplaça le bulletin de liaison de la Province, le désuet Entre nous, par un moderne Concorde. Le premier éditorial du nouveau bulletin a valeur de programme de gouvernement :

« Concorde, c’est la première prescription de la Règle de Saint Augustin sur laquelle est fondée notre vie : cor unum et anima una. Et ceci nous réfère immédiatement à la première communauté de Jérusalem dont il nous est dit dans les Actes des Apôtres que les membres n’avaient qu’un cœur et une âme.
Concorde, c’est le résultat d’une attitude qui consiste à voir toutes choses cum corde, avec le regard du cœur et pas seulement avec celui de l’intelligence. C’est donc chercher ce qui nous unit au-delà des légitimes diversités. […]
Concorde, c’est donc l’équivalent de communion : communion avec Dieu et communion avec les autres. Et je voudrais que cette communion fût celle de toute la famille dominicaine de notre Province, frères, sœurs et laïcs. […] Il importe, en effet, que l’esprit de saint Dominique anime la totalité de la famille et que tous les efforts convergent vers le même service de l’Évangile, multiforme en ses modalités mais unique en sa visée. Nous avons besoin les uns des autres pour accomplir correctement notre tâche.
Concorde, c’est encore une invitation à dépasser les frontières des Provinces de façon à réaliser progressivement l’unité profonde des dominicains français sans rien détruire de la grâce propre de chaque groupe. […]
Concorde, c’est enfin cet appareil supersonique qui se construit dans les ateliers de Sud-Aviation à Toulouse. Son premier vol, dans les années qui viennent, marquera une étape majeure dans l’histoire de l’aéronautique. Mais au-delà de l’événement spectaculaire que nous attendons, nous sommes invités à reconnaître l’unification de la planète et par conséquent à élargir notre cœur aux dimensions de l’humanité tout entière. […]
Concorde, c’est donc à la fois un programme et un symbole riche de sens. Celui-ci conduit notre regard du passé à l’avenir, de la communauté apostolique de Jérusalem jusqu’aux extrémités du monde de demain, en passant par l’aujourd’hui de Dieu que nous avons à construire avec courage et patience. Nous ferons ensemble ce travail qui est celui de Dieu, et ce Bulletin vous apportera périodiquement des nouvelles de notre commun labeur. »
Concorde n° 1 – Juillet 1967, p. 1-2.

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En 1972, le P. Kopf est élu pour un deuxième mandat. Présidant la messe conventuelle le lendemain de son élection, il livre dans l’homélie sa conception du service de l’autorité dans l’Ordre :

« Aujourd’hui, je suis au milieu de vous investi à nouveau de la charge de Provincial de par votre volonté. Je suis obligé de reconnaître dans cette volonté la volonté même de Dieu.
Ainsi mon acceptation est-elle d’abord un acte d’obéissance au Saint-Esprit et cet acte justifie, je pense, l’obéissance que par la suite je puis être amené à vous demander à vous-mêmes. C’est tous ensemble, en effet, que nous obéissons au Saint-Esprit. […]
Acte d’obéissance, cette acceptation est aussi un acte de service. Depuis notre baptême nous sommes tous les serviteurs les uns des autres puisque notre seul modèle, le Christ, s’est défini comme le Serviteur par excellence.
Mais il y a de multiples formes de service et certains sont appelés à servir le Bien commun, à des niveaux divers.
Un Provincial, c’est le serviteur d’une Province, rien de plus, rien de moins. Ce n’est pas ici le lieu de décrire la nature et les dimensions de ce service. Permettez-moi seulement une remarque pour terminer : si certains sont consacrés au service du Bien commun et assument des tâches ingrates et nécessaires, c’est pour que d’autres soient libres afin d’accomplir des travaux plus profonds au service du Royaume. Alors ma prière sera celle-ci :
Que chaque Frère prenne conscience de la prodigieuse liberté que lui donne la structure d’un Ordre comme celui de saint Dominique et qu’alors il consacre cette liberté à des œuvres apostoliques en profondeur soit par l’action, soit par la vie intellectuelle, soit par la prière, en évitant soigneusement tout ce qui serait dispersion dans la futilité. Ainsi le corps tout entier remplira sa mission dans la complémentarité des tâches et la cohérence de l’Esprit. »

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