Le Frère Léon Assémat (1918-2009)

 

Notre familier, père, grand-père, arrière grand-père

Le lundi matin, 3 août 2009, le Frère Léon Assémat s’est endormi dans la lumière de Dieu à l’âge de 91 ans. Il est né le 18 juillet 1918 à Tampiko (Mexique) où il a vécu jusqu’à l’âge de 10 ans.

On peut dire qu’il aimait son pays natal où encore il a de la famille, et il a pu y retourner il y a quelques années. C’est à Capestang dans l’Hérault que son père viticulteur s’est installé et a rapatrié toute sa nombreuse famille.

Le Frère Léon s’est engagé dans l’Armée de l’Air durant 17 ans, et puis, étant jeune retraité, il a vécu 17 ans comme commercial (VRP). Il a beaucoup voyagé dans les régions Languedoc-Roussillon, Midi pyrénées et Aquitaine. Il aimait conduire la voiture et à l’âge de la seconde retraite il accepte d’être le chauffeur de l’infatiguable Père Eyquem. Il voulait ainsi lui rendre ce précieux service pour lui permettre de se déplacer et de visiter toutes les Equipes du Rosaire de la région de Toulouse et au-delà. Ensemble ils méditaient cette prière mariale dans la voiture qui devenait ainsi une véritable chapelle ambulante. Toute sa vie le Frère Léon utilisa son chapelet pour méditer l’Evangile et il aura le souci de trouver d’autres personnes pour partager cette prière dans les différents lieux où il a vécu.

 

Il a été Commissaire au pélerinage du Rosaire durant de nombreuses années. Pour vivre dans le monde l’esprit évangélique de notre Père Saint Dominique, Léon s’oriente vers les Fraternités laïques dominicaines où il va déployer son temps, sa générosité, ses compétences pour mener davantage une vie spirituelle dominicaine à Toulouse et aussi à Auch où il était également le chauffeur dévoué du Père Bouchet et du Père Quilici, religieux assistant de cette Fraternité.

En l’année du Jubilé de l’an 2000, il se rapprocha davantage de la Famille dominicaine et de l’Ordre, et il souhaite devenir Familier au service de la communauté des Frères de Toulouse pour vivre notre vie commune et partager quotidiennement notre prière. Deux valeurs essentielles pour le Frère Léon qui vont le conduire à demander l’habit de l’Ordre et à prononcer son engagement en 2002 en [la] belle fête de Pâques. Il m’a confié plusieurs fois que s’il avait été plus jeune il aurait désiré être frère coopérateur. Il a intégré avec joie le service de l’accueil à la porterie du couvent de Toulouse avec les personnes bénévoles qui assurent cette présence et cette permanence. Bien sûr, le Frère Léon avait son caractère bien trempé parfois, et je le taquinais souvent en lui disant : « Le couvent n’est pas une caserne ; on n’est pas à l’armée... » Beaucoup de jeunes Frères étudiants venaient prendre conseil auprès de lui, et il les encourageait. C’était comme le Frère ancien devenu un sage car notre Frère Léon était un homme au coeur droit, juste et bon. Je sais qu’il soutenait par des dons réguliers de nombreuses oeuvres comme le Secours catholique, Emmaüs...

Les obsèques de notre Frère Léon se situent entre la Transfiguration de Jésus et la fête de notre Père Saint Dominique. Le Frère Augustin Laffay, prieur de Toulouse, a souligné dans sa magnifique prédication cette compassion qui vient du coeur et ce don des larmes dont notre Frère Léon était naturellement gratifié. On pouvait remarquer qu’à chaque évènement de sa vie ou de la communauté, par exemple lors des cérémonies de profession ou d’ordination des Frères, il pleurait à la fois d’émotion et de compassion. Notre Père Saint Dominique n’était-il pas rempli de ce même zèle ardent pour les personnes pauvres et les pécheurs ? C’était le cri de son coeur : « Que vont devenir les pécheurs ? » Dominique, étudiant à l’Université de Palencia et voyant de nombreux pauvres, préféra vendre ses livres pour soulager et venir en aide à des personnes indigentes. On retrouve ici tout le message de l’Evangile de la compassion : « En vérité je vous le dit : dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 46). Un étudiant, ravi de son éloquence et de sa science des Saintes Ecritures, demanda à Dominique dans quel livre il avait le plus étudié. « Mon Frère, lui dit-il, c’est dans le livre de la charité ; j’y ai étudié plus que dans tout autre, car il enseigne tout. » (Vie des Frères par Gérard de Frachet).

Avec l’âge et les effets de son diabète et divers ennuis de santé, le Frère Léon préfère se retirer à la Maison de retraite de Gramont (Aveyron). Il ne voulait pas être à la charge de ses Frères. Il y était isolé et ce choix n’a pas été des plus heureux, et donc très vite il souhaite revenir sur Toulouse.

Les Soeurs dominicaines de l’Immaculée Conception l’accueillent dans leur maison où il vivra heureux, entouré par les religieuses qui avec délicatesse et dévouement ont veillé sur lui. Il participait aux offices et à la messe quotidienne. Parfois les bavardages des dames résidentes qui étaient majoritaires l’irritaient, mais il les aimait toutes.

En novembre 2008, après une hospitalisation assez longue, le Frère Léon est reçu à Béziers chez les Frères des Ecoles chrétiennes de Fonseranes qui possèdent une magnifique maison de retraite médicalisée avec un parc agréable. Il est accueilli comme un Frère parmi les Frères. C’est un retour aux sources puisque le Frère Léon a suivi sa scolarité chez eux au lycée du Pic. Sa fille Claude qui réside à Béziers pouvait venir le visiter chaque jour, et elle a veillé avec attention et dévouement durant les derniers mois de sa vie quand la maladie et les traitements pour soulager la douleur devenaient plus importants.

En ce lundi 3 août 2009, ce n’est pas seulement la mort, mais surtout le Seigneur qui est venu chercher notre Frère Léon qui s’est endormi paisiblement et sereinement dans la lumière de son amour et de sa paix.

Les obsèques ont été célébrées dans l’église abbatiale de Capestang avec sa famille, de nombreux amis venus de Toulouse et d’ailleurs. Une cérémonie simple mais belle et recueillie qui s’est terminée par le chant habituel cher aux Frères Prêcheurs, le Salve Regina. L’inhumation a eu lieu dans le caveau de famille au cimetière de Capestang où notre Frère attend désormais sa résurrection pour la vie éternelle.

N’oublions pas ce frère, cet ami, ce bon et fidèle serviteur, et prions pour lui.


fr. Jacques Ambec o.p.

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