IN MEMORIAM FR. PHILIPPE DEVOUCOUX, O.P.

Homélie de la célébration des obsèques du frère Philippe ; Jn. 20,11-18



Lors d'une certaine émission de télévision enregistrée après bien des péripéties (panne de voiture, alerte à la bombe dans l'avion qu'il avait pris pour aller de Marignane à Paris), le téléspectateur attentif que j'étais entendit des vingt minutes d'enregistrement vécues par le frère Philippe, celui-ci dire si j'ai bonne mémoire:  « Je suis frère dominicain, j'ai été chauffeur-livreur, gardien de chèvres et je suis maintenant gardien de grotte ». Même si cet extrait de dialogue ne représente pas toute la vie celui qui nous rassemble aujourd'hui dans la fraternité et la prière, nous voyons tracé à gros traits ce qui fût sa vie.

S'il se livrait de temps à autre à quelques confidences sur ses missions passées de chauffeur-livreur, de gardien de chèvres et de restaurateur à la ferme, il parlait plus abondamment de celle qui était sa passion: son hôtesse de la sainte grotte : Marie-Madeleine.

 

Les prières de sa lointaine ancêtre: sainte Marguerite-Marie Alacoque eurent sans doute quelques influences dans les secrets desseins de la Providence qui amenèrent frère Philippe à devenir gardien de la grotte.

Nous pouvons dire qu'il se passionna pour celle dont le P. Marie-Etienne Vayssière a pu dire: « que Marie-Madeleine soit venue ou qu'elle ne soit pas venue à la Grotte, de toutes façons elle y est ». Après avoir écrit en 1984 « Dialogues avec Jésus de Nazareth », libre méditation sur l'évangile, Philippe écrivit deux tomes intitulés « Dialogues avec Marie-Madeleine sur la montagne de la Sainte Baume » et « Ma rencontre avec Jésus » en 2005 puis « Marie-Madeleine, Prophète, conduit Jésus à sa gloire » en 2007 Solitude et communauté, deux moments de la vie du frère dominicain, chacun appelant l'autre. Nous les avons vécus à la Sainte Baume. Philippe partageait sa solitude avec son chien Darix, chien contemplatif s'il en fût, qui vivait une contemplation paisible en dormant au pied de l'autel à chaque eucharistie célébrée par son maître.

Solitude ensuite partagée avec quelques saintes moniales dont sœur Marie-Thérèse et sœur Marguerite-Marie, qui de son monastère d'Évry sont unies avec nous par le cœur et la prière. Il avait aussi une petite chatte admise dans la compagnie des habitants de la Grotte, chatte bien sûr moniale, Loulette qui vivait elle aussi, à sa manière, l'eucharistie en ronronnant de contentement à sa place.

Il aimait prêcher à celles et ceux qui montaient vivre un pèlerinage auprès de sainte Marie-Madeleine. La prédication de Noël était l'un de ses rendez-vous favoris. Il lui arrivait ainsi de prêcher autour de 30 ou 40 minutes. La première année de ma montée à la grotte pour la nuit de Noël, je me suis permis de lui faire signe, avec mes doigts en forme de ciseaux , qu'il était temps de clore la prédication pour poursuivre l'eucharistie. Il n'apprécia pas du tout, mais compris qu'il avait été un peu long. L'année suivante, il commença sa prédication en disant en substance: « Si le frère Didier ne m'interromps pas, je pourrai paisiblement vous parler ». Je me suis encore permis, au bout de 30 minutes de lui faire à nouveau signe.

 

Je terminerai ce petit hommage en vous reprenant son expression célèbre: « Quelle histoire!!! ». Oui quelle histoire frère Philippe que celle de ta vie et celle de ta mort. N'aurais-tu pas dit au Seigneur, au cœur de ta souffrance de ces derniers jours: « Ne me retiens pas....J'ai grand besoin de te retrouver et de m'entretenir en direct avec celle que j'ai tant aimée, ton apôtre et aimante, Marie-Madeleine ».

 

fr. Didier VERNAY, op

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