Trois professions solenelles à la Sainte Baume

Trois professions solennelles ont eu lieu le samedi 14 septembre à 11h 00 à la grotte de la Sainte Baume pour les frères Sylvain Detoc , Marie-Olivier Guillouet et Fabien-Joseph Hignette. Pour consulter les photos, cliquer ici.

Les photos des quatre professions temporaires qui ont eu lieu au Couvent de Marseille le même jour lors des Vêpres se trouvent ici.

Vous trouverez ci-dessous le texte de l'homélie prononcée par le Prieur  Provincial.

 

 Trois jeunes hommes font aujourd’hui leur profession solennelle. Ils s’engagent définitivement dans l’Ordre de saint Dominique. Le frère Marie-Olivier, du couvent de Marseille, déjà prêtre, poursuit sa thèse de doctorat à Fribourg. Le frère Sylvain continue sa formation à Toulouse pour devenir prêtre. Le frère Fabien-Joseph, du couvent de Marseille, frère coopérateur, pour manifester la pleine vérité de la consécration religieuse et pour donner le signe que, religieux dominicain, nous sommes avant tout voués à la fraternité. C’est la charité fraternelle, dans la joie de saint Dominique, qui authentifie notre consécration religieuse, nos vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté.

Trois jeunes hommes font donc aujourd’hui leur profession solennelle.
Cette profession coïncide avec la fête de la Croix glorieuse de Notre Seigneur. Est-ce à dire que la vie religieuse ne serait qu’un long et douloureux chemin de Croix ? Est-ce à dire que les vœux du religieux le condamnent à une vie triste de privations, sans liberté, sans argent, sans affection ? Parfois, on aimerait bien donner cette impression sinistre de la vie religieuse pour en démontrer l’absurdité. Comment un homme moderne peut-il être à ce point en contradiction avec son temps ? Comme le disait un poète, ce monde est comme un village, un village sans prétention où vous aurez toujours mauvaise réputation « car les braves gens n’aiment pas que, l’on suive un autre chemin qu’eux ».
Cet autre chemin est bien un chemin de Croix. Mais c’est le chemin du Christ, doux et humble de cœur, qui appelle à sa suite, parce que, promet-il, son fardeau est léger. Il est léger car le Christ le porte avec nous. Il est léger parce que les frères le portent ensemble. Il est léger parce plus une vie est généreuse, plus une vie s’enracine en Dieu, plus une vie se dévoue au salut du monde, plus la vie est légère d’une légèreté si profonde. Le monde, lui, est souvent léger par défaut, il ne porte pas grand chose, et souvent seul, pour rien. La Croix du Christ élève l’âme vers les réalités d’en haut. Elle est une croix, une souffrance, parce que Dieu n’a pas voulu se cacher les yeux devant la souffrance humaine : souffrance du malheur, souffrance aussi du péché car l’homme est responsable de la souffrance, en particulier de la souffrance de ses frères. Alors, s’engager définitivement comme religieux le jour de la Sainte-Croix, ce n’est pas souffrir pour souffrir, mais recréer ce lien d’amour voulu par Dieu même si cela doit faire souffrir, même s’il fallait mourir pour cela.

 « Il faut que le fils de l’homme soit élevé, dit l’évangile, afin que l’homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». De même, il faut que ces trois jeunes hommes soient élevés, dans leur consécration religieuse, non comme une promotion humaine mais selon la Croix du Christ, pour que la Parole de Dieu atteigne le cœur de tous les hommes, provoque la foi, transmette la vie éternelle. On ne comprend rien à la vie religieuse si on ne la met pas sous l’immense regard d’amour du Seigneur, sous l’immense action d’amour du Seigneur, sous l’immense promesse de vie éternelle.
Chers frères, votre engagement définitif, jusqu’à la mort, est vraiment un envoi de Dieu, non pour juger le monde, comme dit l’évangile, mais pour que le monde soit sauvé, par votre union au Christ, par votre attachement à saint Dominique. Vous êtes tous les trois des prédicateurs, des porteurs de la lumière qui éclaire, rassure, réconforte et rend parfois les cœurs brûlants. Vous êtes tous les trois des fils de saint Dominique, joyeux de ce qu’il faut endurer pour servir la fécondité de cette Parole, y compris dans les contradictions du monde, malgré vos faiblesses et un chemin de sainteté toujours à parcourir.
Souvenez-vous de cette parole du psaume : « heureux le cœur qui garde en lui le goût des montées ». On reconnaît ici la parole du juif sage et fidèle qui monte vers Jérusalem. Votre consécration est aussi sous le signe d’une montée, cette montée à la grotte de la Sainte-Baume comme pour dire que toute votre vie religieuse sera habitée par la présence mystérieuse de saint Marie-Madeleine. Avec elle, vous serez toujours un pécheur pardonné, avec elle vous serez toujours un ami du Christ, avec elle vous serez des apôtres de la Résurrection du Seigneur. Car s’il faut que le fils de l’homme soit élevé, s’il faut que le prêcheur soit aussi élevé, c’est pour que l’élévation de la Croix aboutisse à l’élévation de la Résurrection. La douce présence de sainte Marie Madeleine dit à la fois le sérieux, la gravité du péché et aussi et surtout la beauté, la lumineuse beauté du salut, de la vie éternelle, de la résurrection du Seigneur.
La profession solennelle d’un frère coopérateur est tout spécialement une grande grâce pour notre province. Elle est moins fréquente et d’autant plus précieuse. Ce que vit le frère coopérateur est la condition même de la vérité du frère prêcheur. Pour ainsi dire, le frère coopérateur se concentre sur la consécration religieuse dans sa pureté qui manifeste sans cesse que c’est d’abord cette consécration qui donne l’identité du religieux. Le frère coopérateur est aussi au service de la charité fraternelle, celle de son couvent, celle de ses relations extérieures et il manifeste ainsi que l’être dominicain de la prédication reçoit sa marque, son imprégnation de cette vie fraternelle.

Les frères prêcheurs font beaucoup de choses mais le frère coopérateur avertit que toutes ces choses doivent être vraiment religieuses, vraiment dominicaines, ancrées donc en profondeur dans une consécration à la manière de saint Dominique, donc que l’extérieur ne va pas sans l’intérieur. Sainte Marie Madeleine, patronne de notre province, est ainsi comme un frère coopérateur, son amitié simple pour le Christ, du fond de cette grotte, dit clairement à tous comment passer des ténèbres à la lumière.
Trois jeunes hommes font aujourd’hui profession solennelle. C’est une joie au Ciel, c’est une joie dans l’Eglise, c’est une joie dans l’Ordre des prêcheurs, dans notre province de Toulouse. C’est la joie de la Croix, promise au centuple par le Seigneur. C’est la joie de sainte Marie Madeleine, d’une larme à l’autre. C’est la joie du Christ que nul ne peut ravir.

Fr Gilbert Narcisse op, Prieur Provincial

Homélie de professions simples Marseille, dimanche 15 septembre 2013
   
La parabole de l’enfant prodigue met en scène trois images qui attirent notre regard, en passant de l’une à l’autre : l’enfant prodigue, l’enfant qui n’est pas prodigue, le père de ces deux enfants. Ce sont trois images qui se croisent, se superposent, se séparent et finissent par se rassembler et se ressembler. Ce sont trois images où se reflètent à la fois la misère de l’homme et la miséricorde de Dieu ; la ressemblance et la dissemblance ; le péché et le pardon ; la perdition et le salut.
    L’enfant prodigue est ce fils qui gaspille : il perd sa vie d’abord en gaspillant le don de son père ; son héritage, son trésor d’être fils jusqu’à perdre presque totalement sa filiation et devenir l’image de l’animal le plus impur de la Bible.
    C’est bien l’image de l’humanité qui gaspille. Toutes les richesses de Dieu lui sont données gratuitement et ce sont ces richesses mêmes qu’on utilise contre Dieu. Dieu m’a créé libre et je suis donc libre de gaspiller cette liberté, voir même de choisir comme s’il n’y avait pas de Dieu. Le plus triste, chez l’enfant prodigue, est cette contradiction : « Je suis ton fils ; donne-moi mon bien de fils ; alors, tu ne seras plus mon père ».
    Cet enfant prodigue ne ferait pas profession religieuse aujourd’hui : il gaspille ; mène une vie de désordres, pèche contre le ciel. Aucun des vœux religieux n’est accompli : ni la pauvreté, ni la chasteté, et surtout pas l’obéissance. La non-obéissance introduit le désordre dans la relation père-fils, jusqu’à briser l’image.
    Mais le fils ainé, ferait-il profession religieuse ? Pas davantage. Certes, il est sage « comme une image ». Mais une image figée, crispée. Il a toujours obéi aux ordres du père mais se ferme dans la colère, la comparaison, le ressentiment.
    A vrai dire, dans ces deux images de l’humanité, personne ne ferait profession religieuse car il manque au tableau la pièce maîtresse : le père, qui voit son fils déchu, est saisi de pitié, court, se jette à son cou, le couvre de baisers. Peut-on davantage exprimer la miséricorde de Dieu ? Sans cette miséricorde, rien n’est réconcilié. L’homme gaspille sa vie jusqu’à la perdre. Sans cette miséricorde, vous le savez, frères, vous ne feriez pas profession religieuse aujourd’hui.
   
Mais il y a plus étonnant encore. Imaginez notre père-maître des novices recevant ces deux fils, le prodigue et le fils aîné. L’un et l’autre racontent leur histoire et demandent à entrer chez les dominicains. Que ferez le père-maître ? Vous lui demanderez à la fin de la messe. Mais je suis sûr qu’il regarderait d’abord la miséricorde de Dieu à l’œuvre dans ces deux fils. Il se souviendrait aussi qu’au moment de la profession, les candidats demandent la miséricorde de Dieu et celle des frères. Alors, le fils prodigue pourrait-il devenir dominicain ? Oui ! Et le fils colérique, pourrait-il devenir dominicain ? Assurément. Oui, car la miséricorde est l’action la plus belle, la plus haute, la plus inimaginable de Dieu, réellement capable de créer un être nouveau.
   
Quand nous confessions Dieu tout-puissant, nous confessons Dieu « Père » tout-puissant, c’est donc la toute-puissance du Père miséricordieux. Saint Thomas d’Aquin dit que la miséricorde de Dieu manifeste encore plus que la création la toute-puissance de Dieu. Car un cœur endurci, loin de Dieu, redevient vraiment capable d’aimer.
    Alors, les trois images se reflètent à nouveau, tel Père, tels fils. Le père et les fils se ressemblent à travers le miroir de la miséricorde.

    Faire profession religieuse, entrer dans l’obéissance, la pauvreté et la chasteté, c’est faire l’expérience de ce miroir de la miséricorde du Père, source de la miséricorde des frères.

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