Retour de Bangui en Centre-Afrique

Récit de fr. Henry DONNEAUD du couvent de Toulouse.

Ma mission auprès de la Communauté des Béatitudes, présente sur les cinq continents, m’a conduit une semaine à Bangui, du 11 au 18 février.

La Communauté est installée dans cette ville depuis bientôt trente ans, en bordure d’un quartier populaire réputé agité, Boye Rabe. Depuis l’invasion de la ville par les milices musulmanes Seleka, en avril dernier, des vagues de réfugiés se sont succédées sur le grand terrain du monastère, atteignant le chiffre de quarante mille au plus fort des violences, en décembre et janvier.

Le dispensaire de la Communauté, qui occupe d’ordinaire quatre frères et sœurs des Béatitudes, a été pris en main par Médecin du Monde : soixante personnes y travaillent, pour accueillir chaque jour entre quatre cent et cinq cent patients. Une école a été ouverte par l’UNICEF. Un marché s’est installé au milieu des tentes. Bref, une véritable ville de réfugiés a poussé au milieu du monastère. Déjà trois cent enfants y sont nés depuis décembre.
Ma visite avait d’abord pour but de réconforter les quinze frères et sœurs des Béatitudes, très éprouvés par bientôt un an de violence environnante et d’urgence dans l’accueil. Tous africains, ils viennent de sept pays différents. Grande fut mon admiration devant leur courage, leur fidélité à la prière et à l’unité fraternelle. C’est vraiment dans le Seigneur qu’ils puisent la force de tenir. Nous avons longuement travaillé sur la manière de préparer le relèvement du monastère et de ses activités, grâce aux nombreux dons venues des maisons et amis des Béatitudes du monde entier.

J’ai également pu visiter les frères dominicains, qui sont installés à Bangui depuis deux ans. Ils sont en train de construire une belle église de brique, sous la conduite d’un frère franciscain. Très actifs dans l’enseignement de la théologie, en particulier au Grand Séminaire, ils ont eux aussi été brutalement affectés par les violences. Les parents de deux frères centrafricains ont été assassinés par les miliciens Seleka.
 
Grâce me fut enfin donnée d’aller saluer le courageux archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga. Durant cette crise, il ne ménage ni ses forces ni ses grandes capacités pastorales, visitant les paroisses et communautés mises en danger, portant à tous secours matériel et réconfort spirituel. Inlassablement, de concert avec l’imam de Bangui, Oumar Kobine Layama, qu’il héberge chez lui pour le protéger, il apelle à la réconciliation, pour éviter que ne se creusent les incompréhensions, alors que les motifs religieux sont faussement utilisés à des fins politiques.
Qu’il est beau de voir ainsi un évêque de l’Eglise de Jésus-Christ jouant avec force, humilité et grande espérance, au milieu du désastre des pouvoirs civils, le rôle d’apôtre de la paix et de defensor civitatis !

fr. Henry DONNEAUD, o.p.

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