Entre liberté et modestie

 

Publié le 10 Janvier 2014 sur http://montesinos.overblog.com   par le Frère Thomas de Gabory, op

En dehors de cas médiatisés de personnes jeunes et lourdement handicapées, la fin de vie en milieu médicalisé concerne des personnes âgées. Une enquête de l’INED auprès des médecins sur la fin de vie indique qu’un acte pouvant être qualifié d’euthanasie n’est posé que dans 0,6% des cas de décès. Les autres cas de décès entrent dans le cadre défini par la loi Leonetti. Le frère Thomas de Gabory, prêtre dominicain et médecin au CHU de Toulouse nous éclaire sur une loi que certains voudraient aujourd'hui remettre en cause en vue d'un élargissement du recours à l'euthanasie.

 

La loi Leonetti du 22 avril 2005 est une loi de liberté. Elle n’est pas une loi d’interdiction. Elle est là pour clarifier la conscience des médecins en leur disant : « Voilà tout ce que vous pouvez faire auprès des patients en fin de vie ». Mais si elle est une loi de liberté pour les soignants, elle l’est aussi pour les malades eux-mêmes. Il faut bien différencier trois cas très différents.

  1. La loi Leonetti permet à un médecin d’augmenter les doses de médicaments antalgiques chez un malade en fin de vie qui se plaint de douleurs, même si cela peut éventuellement hâter la mort. Ce que cherche le médecin, c’est soulager les douleurs, non pas accélérer la survenue de la mort ; il n’a pas d’intention mauvaise, mais il connaît les effets indésirables du médicament qu’il prescrit. C’est le principe bien connu du « double effet » consacré par la loi Leonetti. Le médecin qui veut vaincre la douleur en augmentant les doses de morphine peut le faire, et il DOIT le faire car c’est son devoir.

  2. La loi Leonetti, comme le code de déontologie médicale, condamnent l’obstination déraisonnable, dont le nom journalistique est l’acharnement thérapeutique. Quand les soignants constatent qu’il n’y a plus de chances réelles de guérison, l’obstination déraisonnable dont parle la loi Leonetti devient coupable. Il faut savoir interrompre des traitements curatifs devenus inutiles ou disproportionnés, tout en poursuivant des traitements palliatifs pour un plus grand confort du patient en fin de vie. Le médecin ne peut pas obliger un malade « incurable » à guérir ! Plus encore, lorsque le malade demande lui-même la limitation ou l’arrêt d’un traitement, le médecin respecte sa volonté après l’avoir informé des conséquences de son choix.

  3. La loi Leonetti prévoit une procédure collégiale dans les cas délicats de décisions de l’arrêt de processus de réanimation que l’on estime vain et conduisant à une impasse irréductible : c’est l’arrêt d’un maintien de survie artificielle (par exemple, débrancher un respirateur ou un rein artificiel). Il est bien difficile de savoir si la vie qui demeure est purement biologique et qu’il n’y a plus d’espoir de revenir à une vie ordinaire. Le médecin ne peut pas prendre la décision d’interrompre un processus de maintien d’une vie artificielle tout seul : c’est une procédure collégiale, c’est une équipe et jamais un médecin isolé. La collégialité est source de sagesse et de prudence. Ici, l’intention n’est pas de tuer le patient, mais de constater que la vie s’est irrémédiablement arrêtée. Les patients sont libres de rédiger des directives anticipées indiquant leurs souhaits ; ce ne sont jamais des ordres, car les souhaits du patient éclairent la décision médicale le moment venu, sans s’y substituer. Les patients sont aussi libres de désigner une personne de confiance (un membre de la famille, un ami, un voisin, etc.) qui pourrait relater leurs souhaits au cas où ils seraient hors d’état de les exprimer.

La loi Leonetti est une loi exemplaire mais modeste. Une loi très générale pour 70 millions de Français doit un jour s’appliquer à monsieur Dupont et madame Martin, c’est-à-dire à tous les cas particuliers. Mais quel texte pourrait prétendre résoudre à lui seul toutes les questions autour de la fin de vie ? La vraie question est maintenant de savoir si les défenseurs de l’euthanasie parviendront à mettre à terre cette loi qui donne pourtant de vraies solutions humaines, mais qu’ils refusent pour des raisons idéologiques.

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