La prière de saint Dominique

 Ces prières de louange, d'intercession ou de méditation stylisent les témoignages des premiers frères qui ont observé leur père Dominique parfois à son insu, cachés dans l'église derrière un pilier, pour contempler celui qui passait la nuit à contempler.

Plusieurs témoins racontent avoir vu et entendu Dominique devant l'autel, prier et supplier pour le salut de l'âme des pécheurs, ne se reposant que de courts instants, la tête posée sur une marche de l'autel. Un tel tapage nocturne de prière silencieuse valait d'ailleurs à Dominique de s'assoupir fréquemment le jour pendant les repas au réfectoire. Une prière aussi instante, et si physique dans son expression, tendre et rude à la fois, montre la robustesse de l'humanité médiévale et l'enfance spirituelle de son espérance. On ne saurait oublier toutefois que la neuvième « manière de prier » de saint Dominique présente celui-ci non plus à l'église ni dans sa cellule mais sur les routes, chape roulée sur l'épaule et bâton à la main. On le crédite de courses quotidiennes qui atteignent parfois cinquante kilomètres. Ceux qui ont arpenté les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, en pèlerinages et autres routes scoutes, savent combien la marche est une école de prière, découvrant après chaque pli de terrain un paysage qui chante son Créateur, une colline couronnée d'une église romane, les couleurs du ciel ou le moutonnement de la forêt. Cependant, la route et sa fatigue ne deviennent prière qu'à certaines conditions, comme l'étude elle-même. Œuvres de la vie active, elles ne deviennent œuvres de la vie contemplative que lorsqu'elles sont vécues comme une prière. Ainsi en va-t-il de toute sorte d'activité, même de celle qui est une préparation à l'apostolat ou bien l'apostolat lui-même. Toute activité est susceptible d'être sanctifiée si elle est offerte pour cela ; l'apostolat lui-même peut devenir prière ou occasion de prière. Encore faut-il prier.

 

Si notre vie de chrétiens et même de religieux a vocation à devenir une prière continuelle, elle ne le devient que petit à petit, à la mesure d'une vie de prière proprement dite qui envahit le reste de la vie. C'est le travail d'une vie que de faire de sa vie une prière. On s'illusionne parfois en baptisant prière ce qui n'est qu'interrogation sur soi-même ou surcharge d'activités plus ou moins apostoliques. C'est la raison pour laquelle la vie religieuse met en place une respiration quotidienne de la prière, une distribution horaire de diverses sortes de prières. Ainsi la vie en est-elle facilitée : il faut bien que cette étrange manière de vivre procure quelques avantages.

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