Portrait de saint Dominique selon sr Cécile

« Voici le portrait du bienheureux Dominique : taille moyenne, corps mince, visage beau et légèrement coloré, cheveux et barbe légèrement roux, de beaux yeux. De son front et de ses cils, une sorte de splendeur rayonnait qui attirait la révérence et l'affection de tous.

Il restait toujours souriant et joyeux, à moins qu'il fût ému de compassion par quelque affliction du prochain. Il avait les mains longues et belles ; une grande voix belle et sonore. Il ne fut jamais chauve, et sa couronne de cheveux était complète, parsemée de rares fils blancs ». Un tel portrait, qui en dit presque autant de celle qui le brosse que de celui qu'elle peint, dessine quelques-uns des traits du patriarche des Prêcheurs. Même si l'on ne s'attarde pas sur le rayonnement physique de Dominique, il reste que la joie, la compassion, l'affection qu'il suscite et son impact vocal, rejoignent les autres traits que l'on sait de lui.
« Frère Dominique parlait peu, à moins que ce fût avec Dieu, pour le prier, ou de Dieu ; et il engageait ses frères à faire de même ». Dominique ne parlait qu'à Dieu ou que de Dieu, la nuit à Dieu et le jour, au prochain : de telles notations sont devenues célèbres. Il est en revanche étonnant que cet homme à la parole de feu fût crédité de parler peu. Une telle évangélisation de sa propre parole, qui n'est plus qu'au service de la Parole de Dieu, invite à réfléchir sur la futilité de nos babils1.

Dominique passait ses nuits à l'église, à prier, à pleurer pour les pécheurs, et ses jours à chanter sur les routes, pieds nus, quelque Ave maris Stella, « toujours à haute voix ».

Pauvre à n'avoir jamais de chambre à lui, il répandait la joie qui l'habitait : « Par cette joie, il acquérait facilement l'amour de tout le monde, il s'infiltrait sans peine, dès le premier regard, dans l'affection de tous », charité contagieuse d'un homme de Dieu : « puisqu'il aimait tout le monde, tout le monde l'aimait ». Un tel amour ne l'empêchait pas, nous dit-on, de veiller à l'observance de la règle, « tant en ce qui le concernait qu'en ce qui concernait les autres ». Il passa ses années de fondateur à éveiller et à entretenir la flamme de ses frères, qu'il voulait « appliqués sans relâche à l'étude, à la prière, ou à la prédication ». Lui-même « se livrait avec beaucoup de zèle, d'onction et d'assiduité au ministère de la prédication et de la confession ». Pénitent, « amant de la pauvreté », « rigoureux et parfait observateur de la règle », Dominique de Guzman conserve quelque chose d'espagnol dans sa sainteté.

Au moment de mourir, devant ses frères en larmes, il les console : « ne vous affligez pas, je vous serai plus utile au ciel qu'ici-bas » ; message qui devrait rassurer toutes les communautés du décès de leur fondateur ou de leur fondatrice. De même, il confesse publiquement « avoir toujours préféré la conversation des jeunes filles au bavardage des vieilles femmes ». Touchant aveu d'une âme délicate, mais qu'une âme moins délicate ou filialement moqueuse pourrait trouver bien tardif. Sans insister à l'envi sur l'opposition entre « conversation » et « bavardage » de ces deux âges féminins, on se prend à penser que le repentir de saint Dominique allait peut-être a contrario créer chez les frères une tradition.

1 Un autre passage du procès de canonisation le dit : « Sa coutume était de toujours parler avec Dieu ou de Dieu, qu'il fût au couvent, en dehors, ou en voyage. Il exhortait les frères à toujours agir ainsi et même il le mit dans ses constitutions. Tout cela, le témoin le sait car il l'a vu ».

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