L’événement de Saint-Gilles : prédication ou croisade ?

Le 8ème centenaire de l’assassinat de Pierre de Castelnau 1208-2008  Conclusions du Colloque à Saint Gilles du Gard


Le 14 janvier 1208 au  bord du Petit Rhône près de Saint-Gilles du Gard, était assassiné le légat pontifical Pierre de Castelnau. En mars suivant le pape Innocent III fulminait la bulle appelant à la croisade contre les seigneurs du Midi accusés de soutenir l’hérésie. Un colloque historique organisé par la paroisse de Saint-Gilles et l’AHODE les 27 et 28 septembre 2008 nous a donné l’occasion de réfléchir à la portée de cet « événement inouï ».
La journée du samedi fut d’abord consacrée à quatre grandes communications historiques pour mener l’enquête sur l’événement lui-même et ouvrir des pistes d’interprétations. Mr Jacques Rossiaud (Lyon II) spécialiste de l’histoire du Rhône nous dressa le décors : le bourg de Saint-Gilles cité sainte, militaire et marchande, son port sur le Petit Rhône, ses roubines et leur trafic commercial. Mais aussi l’inquiétante présence du comte de Toulouse avec son palais dans le bourg et surtout deux châteaux contrôlant le trafic et les péages sur le fleuve et les canaux. La traversée du fleuve pour un ennemi du comte se révélait donc extrêmement dangereuse : le légat en fit la tragique expérience ! Mais qu’est-ce qu’un légat et pourquoi un tel conflit politique entre un légat et le comte de Toulouse ? Mr Pascal Montaubin (Amiens) allait nous faire découvrir le mode de gouvernement de l’Eglise Romaine sous Innocent III et la manière dont celui-ci utilisait l’institution des légats pour rendre physiquement présente son autorité dans le royaume de France et particulièrement le Midi, ainsi que le droit que le pape se reconnaît d’intervenir dans le fonctionnement de  la société féodale pour éviter au peuple chrétien de pécher. Après la coupure du déjeuner où nous fut servie une « gardianne » locale, Mr Jacques Paul (Université de Provence) reprenait l’analyse des lettres envoyés par Innocent III en mars 1208 aux évêques, comtes et barons et au roi Philippe Auguste. Mr Paul faisait remarquer le passage continuel dans ces lettres d’une culpabilité individuelle (venger le meurtre du légat en punissant le meurtrier) à une culpabilité collective (celle de la population méridionale et de ses seigneurs toute entière gagnée à l’hérésie). A partir de là Mr Paul analysa la manière dont l’Eglise luttait contre l’hérésie unissant persuasion (prêcher pour convaincre l’hérétique de son erreur) et la coercition (si l’hérétique persiste on peut le bannir, confisquer ses biens, voir plus grave encore le mettre à mort, mais cela nécessite la coopération des pouvoirs civils). La prédication de l’évêque Diego d’Osma en 1206 représente un tentative de persuasion à grande échelle avec un moratoire de la coercition pour que les hérétiques se prêtent aux « disputatio » sans crainte. Mais pendant que Diego et le légat Raoul de Fontfroide prêchent, Pierre de Castelnau travaille à la coercition cherchant à obtenir en Provence les serments de paix pour chasser les hérétiques. C’est cette politique qui le met en conflit frontal avec le comte Raymond VI de Toulouse qui refuse de prêter serment et est excommunié en mai 1207. Ce conflit aboutira à la rencontre orageuse entre Pierre et Raymond à Saint-Gilles et à l’assassinat du légat le 14 janvier. Dans ses lettres du 10 mars Innocent III expose en proie les terres du comte de Toulouse : peine traditionnelle de confiscation des biens de l’hérétique. Ce n’est donc pas le meurtre du légat qui est le motif juridique de la croisade mais bien l’hérésie. Ces grandes questions de la lutte contre l’hérésie soit par la prédication soit par la croisade furent reprises par Mr Jean-Louis Biget (E.N.S Fontenay-Saint-Cloud) dans un vaste survol de 1137 où Pierre de Bruys fut brûlé à Saint-Gilles à 1208 où Pierre de Castelnau fut assassiné également à Saint-Gilles. Après les conclusions données par Mr Daniel Le Blevec, Mr René Fages nous introduisit par une belle conférence projection à la visite de l’église abbatiale qui fut animée par Marie-Françoise Grifeuille (conservateur du patrimoine) : l’occasion de redécouvrir l’extraordinaire virtuosité des architectes et sculpteurs de l’age roman. Au terme de cette journée fort riche nous étions reçus à la mairie pour un apéritf, puis nous nous retrouvions dans l’abbatiale pour un magnifique concert médiéval donné par le groupe vocal de Jean Gouzes, le frère de notre frère André. Il faut souligner la forte mobilisation des saint-gillois tout au long de cette journée, à commencer par le public fourni qui a suivi les conférences ,plus de 150 personnes parmi lesquelles il faut signaler la présence de l’évêque de Nîmes, Mgr Watebled.

 

Le dimanche 28 fut consacré à la mémoire liturgique de l’événement. A 9h30 nous nous retrouvions dans l’église basse près de la tombe de saint Gilles et de celle de Pierre de Castelnau pour un temps de prière au cours duquel fr. Gilles Danroc donna lecture des conclusions du colloque et les remit à Mgr Watebled. A 10h30 nous étions de nouveau dans l’église abbatiale pour la messe dominicale présidée par Mgr Tomazeau archevêque métropolitain de Montpellier assisté de Mgr Watebled. A la sortie de l’office les paroissiens de Saint-Gilles  nous offraient le verre de l’amitié.
Un grand merci à la paroisse de Saint-Gilles et à l’AHODE pour ce week-end passionnant qui nous a permis de replacer l’événement de Saint-Gilles dans le vaste contexte de la lutte contre l’hérésie au cours du XII° où s’articulent en permanence prédication et coercition. En attendant la publication des actes, et qui sait de nous retrouver à Béziers en 2009…
fr. Elie-Pascal Epinoux OP
Toulouse

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