L'histoire du Couvent de Marseille

 L’histoire des Dominicains à Marseille s’articule en trois périodes :

 l°De la fondation en 1225 à la destruction du premier couvent en 1524

 2° De la reconstruction à la disparition du second couvent en 1791

 3° Du rétablissement en 1862 d’un troisième couvent jusqu’à nos jours.

 

Il fut ondée en 1225  D’abord établi à la périphérie de la ville du XIII ème siècle, hors de son enceinte, sur un terrain situé entre les actuelles rues Saint-Férréol et de Rome, le premier couvent fut détruit en 1524 lors du siège de Charles de Bourbon. En effet, pour protéger la cité et en favoriser sa défense, il fut décidé de raser les faubourgs et ainsi de déloger Prêcheurs et Mineurs qui y avaient établis leurs couvents respectifs. Obligés de se réfugier à l’intérieur des murailles de la ville, les frères acquirent un ensemble de terrains, sur lesquels ils vont construire petit à petit, au gré des dons, leur nouvelle église et des bâtiments conventuels.

 

 

De cette seconde implantation, qui devait durer jusqu’en 1794, la Révolution favorisant la dissolution de la communauté, il reste la belle église conventuelle devenue depuis 1802 la paroisse Saint-Cannat, dont on peut apercevoir la façade depuis la rue de la République.

 

 

 

 

 

Mais cette histoire ne se borne pas à la présence des frères, elle inclut aussi l’ensemble de la famille dominicaine et de ses œuvres les plus caractéristiques.

 

 

 

- les sœurs moniales : si, au XIIe siècle, un groupe de sœurs est venu de Prouilhe à Marseille, il ne s’y est pas fixé, mais il a donné naissance au célèbre monastère Notre-Dame de Nazareth à Aix ; en revanche, au XVIIe siècle, un monastère de sœurs s’est constitué à Marseille, en 1636-1637, sous le titre de Sainte-Catherine de Sienne, qui aura, en 1742, une filiale à la Martinique (où les sœurs se maintiendront jusque vers 1820)

 

 

 

- une communauté de sœurs de la pénitence (autrement dit du tiers ordre) est mentionnée en 1453 ; un peu plus tard, à partir de 1473, on les appelle béguines de Sainte-Catherine de Sienne, dont on ne sait ce qu’elles sont devenues après 1520

 

 

 

- la confrérie du Rosaire existait déjà en 1515 ; elle se réorganisera en 1633 ; interrompue moins de dix ans durant la Révolution, elle retrouvera vie sitôt le culte rétabli par le concordat

 

 

 

- la « congrégation des sœurs du tiers ordre séculier de " Sainte Catherine de Sienne » a commencé en 1629 ; les nombreuses congrégations de sœurs dominicaines implantées aujourd’hui à Marseille (avec leurs 17 communautés en 1896) sont leurs héritières. C’est dire la richesse du passé et du présent de l’ordre de Saint- Dominique à Marseille, que l’on veut évoquer ici.

 

Le premier couvent

 

 

 

Dix ans après la fondation de l’Ordre par saint Dominique à Toulouse en 1215, les frères Prêcheurs arrivent en Provence rhodanienne. Destiné à combattre l’hérésie par la parole annoncée comme par le témoignage vécu, destiné plus encore à annoncer la

 

parole du salut à tous et partout, dans la chrétienté et au-delà, l’ordre ne s’est pas propagé lentement, en tache d’huile, à partir du Languedoc central. Avant de s’établir en Provence, l’ordre s’était déjà étendu à l’Occident chrétien et avait envoyé des frères en Angleterre, en Scandinavie, en Pologne, en Hongrie, au Proche-Orient. Les provinces périphériques de l’ordre portent son action missionnaire en direction des païens du nord et de l’est de l’Europe, en direction des musulmans du pourtour de la Méditerranée, en direction des chrétiens d’Orient séparés de Rome. Telle est la toile de fond sur laquelle se dessine la fondation d’un couvent à Marseille.

 

 

 

Dès 1220, dans les pays de langue d’Oc qui constituent le territoire de la province dominicaine de Provence, les frères Prêcheurs s’étaient établis à Montpellier, au Puy et à Narbonne, mais n’avaient pas encore visé la Provence. A partir de 1224, voici qu’ils dirigent tous leurs efforts vers l’est et qu’ils s’implantent en Basse-Provence : à Avignon en 1224, à Marseille en 1225, à Arles en 1231 ; un peu plus tard, ils s’établiront à Valence, puis à Nice. Par la suite, ils densifieront encore le réseau de leurs couvents en Provence.

 

 

 

Pourquoi à Marseille ? Parce que c’est une ville et un port, un de ces lieux où, en vertu d’une politique apostolique mûrement réfléchie, les frères Prêcheurs choisissent de s’implanter par priorité. Marseille offre une population nombreuse (environ 15.000 habitants : dans le Midi, au XIIIe siècle, c’était beaucoup).

 

 

 

Une activité économique d’échanges liée au port, même si celui-ci n’est à ce moment que l’un des nombreux ports de la façade méditerranéenne et ne prendra toute son expansion qu’après 1481, une fois la Provence unie à la couronne de France, le port de Marseille devenant alors le débouché du royaume sur la Méditerranée). Une classe sociale nouvelle, celle de la bourgeoisie des marchands et des manieurs d’argent. Ainsi Marseille offre-t-elle à la fois les ressources économiques indispensables pour faire vivre un ordre mendiant et le milieu humain auquel s’adresse la parole des frères, qui leur fournit son appui en contrepartie. Marseille constitue un lieu de passage - non pas exclusif mais commode – où l’on peut s’embarquer pour tous les pays du pourtour de la Méditerranée. Pour des frères appelés à beaucoup voyager - autant par les exigences de leur mission que par la tenue de leurs chapitres - Marseille offre un point d’appui appréciable.

 

Quand et où s’est effectuée la fondation ? Suivant la tradition du couvent, telle qu’elle se répétait encore au XVIIe siècle, les frères de Marseille auraient voulu rattacher l’origine de leur maison au fondateur de l’ordre. En 1215, lorsque l’évêque de Toulouse Foulques, cistercien d’origine marseillaise, se rendait au IVe Concile de Latran, accompagné par saint Dominique, il serait passé par Marseille et aurait recommandé à ses concitoyens les disciples du fondateur. Bien qu’elle échappe à toute vérification, peut-être la légende recèle-t-elle une part de vérité.

 

 

 

En effet, lorsqu’en 1225 les frères Prêcheurs sont arrivés à Marseille, ils se sont établis à la périphérie de la Ville, en bordure de la route d’Italie, où on leur a donné une maison destinée à accueillir les pèlerins, dite l’hôpital Saint-Michel des Ytiers (Jteriorum = des passants). Celui-ci devait se situer, dans la topographie de la ville d’aujourd’hui, non loin de l’ancienne église des Bernardines, au lycée Thiers. Or, cet hôpital, avec son église et son cimetière, avait été légué en 1215 par le prévôt de la cathédrale aux cisterciens de l’île d’Hyères.

 

 

 

Mais ces derniers n’allaient pas tarder à disparaître et n’ont jamais occupé Saint-Michel. Comme Foulque était cistercien, il se peut que l’hôpital Saint-Michel ait été donné aux frères Prêcheurs sur son instigation. Il n’est pas impossible non plus que Foulque et Dominique y aient logé lors de leur passage à Marseille. Quoi qu’il en soit de ce détail, dans d’autres villes les frères ont obtenu le même genre d’abri lors de leur arrivée : à Saint-Jacques de Paris ou à Saint-Laurent du Puy par exemple.- Plus aucun souvenir ne subsiste de cet hôpital, hormis l’ancien toponyme de la plaine Saint-Michel, devenue la place Jean-Jaurès.

 

 

 

Les frères devaient y rester une quinzaine d’années, avant leur installation définitive. Après 1240,. ils se transportent au sud-est, toujours aussi loin de l’enceinte de la ville, à un emplacement sans doute mieux approprié au salut des âmes et mieux adapté à leurs besoins, comme dit un texte d’alors. Cet emplacement, bien connu parce qu’il était devenu le grand jeu de mail au XVIIe siècle avant d’être loti pour l’agrandissement de la ville, se situe entre la rue Saint-Ferréol et la rue de Rome, vers le magasin des Galeries Lafayette. Le faubourg où les frères élèveront leur église - dédiée à Notre-Dame de Pitié - prendra le nom de bourg des Prêcheurs. Dès 1248 ils sont suffisamment installés pour que le chapitre provincial puisse se réunir dans leur couvent ; et, en 1253, leur bibliothèque assez bien pourvue, pour qu’ils soient chargés, par le chapitre provincial de Limoges, de communiquer livres et documents aux fondations voisines. En 1272, ils fourniront les effectifs pour fonder un couvent à Aix ; peut-être aussi pour Saint-Maximin en 1293. Consécration suprême : le chapitre général de 1300 se réunira chez eux.

 

 

 

Leur pleine insertion dans la cité n’est pas moins réussie. D’abord au regard du clergé : comme partout où s’implantent les frères, leur église conventuelle ne tarde pas à entrer en concurrence avec l’église paroissiale (Saint-Martin, à présent disparue), preuve de leur succès. Comme partout, on les accuse de ruiner le prestige des curés (en manifestant, sinon en dénonçant leur ignorance), de leur enlever une partie de leurs revenus (les fidèles accourant chez eux, s’y font volontiers ensevelir). Aussi leur place dans l’Eglise locale doit-elle être définie par un contrat en bonne et due forme conclu le 12 mars 1235 avec le chapitre de la cathédrale, qui fixe les redevances qu’ils auront à payer aux paroisses ou à la cathédrale. En revanche, le clergé leur reconnaît le droit de recevoir de quiconque des offrandes et des legs sans restriction, ainsi que le droit d’ensevelir les défunts qui ont élu sépulture chez eux. Face aux bourgeois, qui représentent le pouvoir poli- tico-économique, le plein succès de la présence des frères se mesure aux services, aussi bien temporels que spirituels, qu’on leur demande. L’arbitrage de litiges commerciaux, comme celui qui oppose, en juin 1235, le riche marchand Bernard Manduel à un de ses commandités à propos d’une cargaison d’alun et de drap ; assisté d’experts, un frère de la prédication est appelé à rendre justice. Présence aux testaments, non seulement comme témoins mais aussi comme exécuteurs, qui risque de les faire paraître trop intéressés (aussi les chapitres de l’ordre n’encourageront-ils pas ce genre de services). Témoins et garants pour les traités publics conclus entre le comte Charles d’Anjou et la commune de Marseille, où ils apparaissent solidaires des habitants de la cité. Conciliateurs choisis pour mettre fin aux litiges publics (y compris entre la cité et son évêque, ou encore entre l’archevêque d’Aix et l’abbé de Saint-Victor) ou privés. Pacifier en arbitrant les litiges n’est pas, pour les Prêcheurs, une activité occasionnelle. Le prieur Pierre de Barèges, réputé pour sa prudence et son dévouement, est particulière- ment recherché pour cet office.

 

Eclairer les esprits par la prédication et par l’enseignement, telle est la raison d’être de l’ordre des prêcheurs. Aussi arrive-t-il que le conseil de ville réclame la présence d’un maître capable d’instruire ses auditeurs et qu’il alloue une rétribution à des frères pour leur prédication dont on reconnaît ainsi le bienfait. La prédication ne demeure pas sans effet sur la vie de la cité. C’est ainsi qu’à Marseille, un dimanche d’octobre 1475, un frère du couvent, maître en théologie, prêche que, si l’on veut préserver la ville de la peste, il faut faire les processions prescrites, fermer le dimanche les échoppes des cordon- niers et les boutiques des bouchers, mettre un terme à la discorde entre citoyens et rétablir la paix, obtenir que les excommuniés se fassent réconcilier, et enfin supprimer le jeu. Le surlendemain, le syndic Jacques de Remésan invite le conseil de ville à mettre à exécution ce que le prédicateur avait demandé. Rarement peut-on toucher d’aussi près les répercussions d’un prêche.

 

 

 

Le ministère de la confession qu’exercent les frères n’est pas seulement celui de la réconciliation sacramentelle, mais tout autant celui du conseil spirituel. En reconnaissance, les frères reçoivent des dons, en particulier de la part des béguines, soit de celles d’obédience fanciscaine (les béguines de Roubaud, filles de sainte Douceline), soit d’obédience dominicaine. Du côté des prêcheurs, ces donations révèlent des contacts avec un milieu spirituel lié aux ordres mendiants sous la direction spirituelle desquels ces pieuses femmes se placent. Du côté des béguines, ce sont des sentiments de dévotion et d’affection envers l’ordre, et plus spécialement envers le couvent de fytarseille, qui s’expriment par ces gestes de gratitude. Ainsi, en 1285, les deux béguines Cécile de- Saint-Jacques et Alègre, qui habitent au voisinage du couvent, lui offrent une somme considérable « à cause, disent-elles, de l’affection et de la dévotion que nous avons pour l’ordre de Saint- Dominique, et en reconnaissance des conseils spirituels que le prieur et les frères nous ont tant de fois apportés ».

 

 

 

Dégagés qu’ils sont des hiérarchies politiques, sociales, écono- miques ou ecclésiastiques, ils jouissent de la liberté de parole nécessaire pour corriger les fautes de leurs auditeurs : leur désintéres sement donne crédit à leur prédication. Charles II, comte de Provence, qui entreprend d’interdire l’usure dans son domaine, fait appel en 1294 aux frères Prêcheurs et aux frères Mineurs pour combattre les usuriers par la parole. Quand le comte institue une commission d’enquête portant sur les usuriers de la ville et du diocèse de Marseille, elle se compose de trois membres, un prêtre du diocèse, un frère prêcheur, Raymond Carelli, et un frère mineur, gardien du couvent de Marseille. La pauvreté des frères mendiants les autorise à combattre la passion de l’argent et leur permet de condamner l’usure. En revanche, n’étant pas solidaires de l’appareil de l’Eglise en sa pesante implantation économique, ils ne se privent pas, tout comme les frères Mineurs, de prêcher contre le paiement des dîmes, ce qui leur vaut un sévère rappel à l’ordre de la part du pape Innocent IV, en 1253.

 

Des confréries regroupaient les laïcs autour du couvent. Celle du Saint-Sacrement (ou, comme on disait alors, du corpus Domini), établie au moins depuis le milieu du XIVe siècle, avait coutume d’organiser un cortège la veille de la Fête-Dieu. Elle faisait défiler dans les rues, au son des tambours, des fifres et des timbales, un bœuf gras, couvert d’un tapis semé de fleurs ; le lendemain, la bête sacrifiée servait à régaler les confrères au festin qui se tenait, au retour de la procession du Saint-Sacrement, dans le réfectoire conventuel. Tous pouvaient observer que les frères Prêcheurs, s’ils prenaient leur repas avec les confrères du Saint-Sacrement, ne partageaient pas leur menu et se contentaient de la nourriture maigre prescrite par leurs constitutions. Au XVe siècle, les plus puissantes corporations de la ville, comme celle des marchands merciers ou celle des métiers de la laine, qui représentaient l’activité économique la plus riche, avaient leur confrérie établie au couvent des Prêcheurs, la première sous le titre de Noire-Dame de l’Annonciation (en 1455), la seconde sous le patronage sainte Catherine de Sienne (en 1465). Les merciers contribueront si favorablement à la reconstruction du couvent en 1525 que la titulature deviendra celle de la nouvelle église conventuelle. A défaut de pouvoir visiter les lieux (dont aucun texte ne permet de décrire la disposition), il reste à rencontrer les frères, du moins la première génération, comme le permettent les témoignages.Je n’en citerai que deux.

 

 

 

« A Marseille, une dévote, lombarde de nationalité et de nom, assistait un soir aux compiles des frères. Pénétrée d’un vif sentiment de dévotion lorsque commença le chant du Salve regina, elle eut un ravissement et fut témoin de quatre merveilles. Lorsque les frères chantaient : Nous te saluons, ô notre espérance, Marie leur rendait affectueusement le salut. Quand ils chantaient : Allons, notre avocate, elle se prosternait devant son fils afin d’intercéder pour eux. Aux paroles : Tourne vers nous tes yeux compatissants, elle les regardait avec un air de douceur et de tendresse. Au moment où ils ajoutaient : Montre-nous, après cet exil, Jésus le fruit béni de tes entrailles, elle le présentait à chacun des frères, sous la forme d’un enfant dans les bras, en exprimant la plus vive allégresse. C’est à son confesseur dominicain, prudent et discret, que cette simple chrétienne a raconté la scène précédente, avec beaucoup de précision et en versant des larmes. Cette dévote était d’une telle sainteté qu’elle mérita aussi de voir, alors que l’évêque célébrait une ordination dans notre couvent, l’Esprit- Saint descendre sur chacun des ordinands dominicains, sauf sur un clerc séculier. »

 

 

 

« Au couvent de Marseille, le jeune frère Etienne, gravement malade, était veillé par les autres comme s’il eût déjà rendu le dernier soupir. En agonie durant toute la nuit de l’Exaltation de la sainte Croix, il s’écria soudain, les bras étendus : "Voici que je vois dans le ciel la croix du Seigneur, dont vous célébrez aujourd’hui la fête". Comme le prieur, stupéfait, lui présentait un petit crucifix qu’on place devant les mourants : "Voici, mon fils, le signe de la croix de Dieu", le frère Etienne répondit : "Je ne vois pas celle dont vous me parlez, mais j’aperçois déjà dans le ciel la vraie croix du Christ". Quand on lui présenta de nouveau le crucifix, il répéta trois ou quatre fois les mêmes paroles et demanda : "Ne voyez-vous donc pas comme elle brille ?" Il gémit ensuite : "Voici quel piège l’ennemi m’a tendu : il est venu avec une troupe de démons et il a cherché à s’emparer de moi comme de son esclave. Je m’y suis opposé résolument, me déclarant serviteur du Christ et disciple du bienheureux Dominique. - Non, a-t-il répliqué, tu es mon esclave, car hier tu as bu du vin sans permission et contre le conseil du médecin, pendant que tu étais seul". Le prieur, frère Pierre de Barèges - cet homme fort religieux m’a raconté le fait - répondit alors : "Mon fils, confesse-t’en avec douleur et tu confondras le démon". Ce que fit le frère Etienne en larmes, qui expira ensuite, bénissant le Seigneur et célébrant les joies de la Vierge Marie ». Le deuxième couvent

 

 

 

Les Prêcheurs étaient déjà établis à Marseille depuis trois cents ans quand leur premier couvent, situé hors les murs, fut détruit lors du siège de la ville par Charles de Bourbon. Pour protéger la cité et empêcher l’assaillant de se retrancher à proximité des murailles il fallut, en juin 1524, se rédoudre à raser les faubourgs, ce qui entraîna la destruction du couvent des Mineurs et de celui des Prêcheurs. Les chroniqueurs contemporains de l’événement, Honoré de Valbelle et Thierry de l’Etoile, racontent le drame : les frères expulsés ne sachant où se reloger, les fidèles déménageant les ossements de leurs parents dans les églises de la ville, à la consternation de tous.

 

 

 

Ceux qui avaient des chapelles dans ces couvents firent enlever les retables et autres ornements des dites chapelles et les firent porter dans leurs maisons ou dans des églises, paroisses ou couvents, déterrant les morts avec ou sans permission, et je vous jure, foi de gentilhomme, que ce fut un tel scandale que petite et grands pleuraient de voir cette désolation » (Valbelle).

 

 

 

L’affliction des frères n’était pas moindre.

 

 

 

Les pauvres mendiants frères Prêcheurs et Mineurs, dévots religieux desquels deux couvents, docteurs en théologie, gens scientifits et de grant dévotion, eux voyant ainsi délogés à cause de la désolation, ruine et destruction de leurs églises, cloîtres et couvents, menaient grands pleurs, deuils et lamentations tellement qu’ils fondaient en larmes » (Th. de l’Etoile). Bien des litiges devaient résulter de cet exode des vivants et des morts, à preuve la bulle de Pie IV en 1560 exigeant sous peine d’excommuni- cation que les Marseillais restituent aux frères les objets et les reliques volés. Les Augustins, chez qui les Prêcheurs avaient mis en dépôt leur retable de Saint-André, refusaient encore en 1594 de le restituer. Quant à ceux qui étaient obligés de transférer dans une autre église leur sépulture de famille, ils ne s’estimaient plus tenus d’exécuter les legs faits aux Prêcheurs et que ces derniers réclamaient. J’en prends un exemple dans les archives du couvent.

 

 

 

Bernardin Bouquin, écuyer, avait légué par son testament à l’église des P. Prêcheurs certains vêtements et ornements d’église, ce qui donna lieu de faire un procès à Augier Bouquin son héritier, qui fut terminé par acte de transaction du 13 octobre 1515 par laquelle ils prorogèrent l’expédition des ornements pour deux années, que led. Bouquin déclarait que lors de la démolition de l’église il avait fait enlever les ossements de ses ancêtres et les avait fait transporter dans l’église des Augustins ».

 

 

 

Tout en demeurant propriétaires de leur premier emplacement ainsi que des matériaux de leur couvent, les Prêcheurs sont obligés de se réinstaller à l’intérieur de l’enceinte, et, en attendant de bâtir un nouveau couvent, ils trouvent un abri provisoire à l’hôpital Saint- Jacques de Galice. Dès le 26 septembre 1524, à la requête de frère Esprit Rotier, vicaire général de la congrégation réformée à laquelle appartenait le couvent depuis 1497, le cardinal légat d’Avignon, François de Clermont, autorise les Prêcheurs à rebâtir leur couvent dans la ville et mande pour exécution le grand prieur de Saint-Gilles, Prégent de Bidoux, amiral des galères. De son côté François Ier, le 18 juin 1526, permet aux frères d’acquérir les terrains et les maisons nécessaires pour implanter le nouveau couvent ; il leur accorde aussi l’usage des décombres de l’ancien et leur concède deux radeaux de bois à couper dans les forêts royales du Dauphiné et du Languedoc. Obligés de construire à partir de rien, les Prêcheurs doivent acheter en ville un emplacement approprié et, pour dégager les ressources nécessaires, vendre leurs biens, une bastide en banlieue et une maison en ville. Le 3 novembre 1525, ils acquièrent le verger de Louis Arvey, situé rue des Juifs. Comme le vendeur impose la clause résolutoire que le terrain serve à édifier l’église, grâce à ce renseignement nous savons que ce verger devait se trouver à l’emplacement de l’abside de l’église actuelle Saint-Cannat.

 

 

 

Là, le 18 novembre 1525, Prégent de Bidoux, promulgue la bulle du légat d’Avignon et, suivant les prescriptions du rituel, fait planter une croix de bois à l’emplacement où commencera un an plus tard la construction de l’église. Là, le 10 avril 1526, l’évêque franciscain Pierre de Bisqueriis bénit le cimetière sous le titre de l’Annonciation. Ce titre apparaît là pour la première fois et se substitue à celui de Notre-Dame de Pitié sous lequel était placée l’église du premier couvent. La piété mariale des Prêcheurs ne se dément pas, mais l’accent change, le mystère joyeux de l’Incarnation prend le pas sur le mystère douloureux de la Compassion. Les frères édifient alors une chapelle provisoire, dédiée à l’Annonciation, où ils célèbrent la liturgie quotidienne en attendant la construction de leur église.

 

 

 

C’est là enfin que, le 31 décembre 1526, Bernardin de Baux, successeur de Prégent de Bidoux au commandement des galères et, comme lui, Hospitalier de Saint-Jean, pose la première pierre de l’église, sous laquelle il place quelques pièces d’or et d’argent en signe do perpétuité. Lui est le véritable fondateur de cette église, à laquelle l’année suivante, par testament du 11 décembre 1527, il lègue sa fortune et dans laquelle il élit sépulture près de l’autel, lorsque l’avancement de la construction le permettra. Le chantier de l’église, mené d’est en ouest, et celui du couvent, au nord de l’église, vont rencontrer deux obstacles. Le premier vient de l’extrême morcellement du sol en parcelles minuscules, occupées par des jardins, des remises, des maisons, qu’il faut acquérir au fur et à mesure. Le second provient de l’insuffisance des ressources : la somme considérable léguée par Bernardin de Baux, 3.000 écus d’or sol, détournée par François Ier qui l’attribue à Anne de Montmorency, va se réduire à 300 écus, péniblement obtenus. Aussi n’est-il pas surprenant que les Prêcheurs promettent des faveurs spirituelles à leurs bienfaiteurs : « Le R.P. Général de l’Ordre, instruit quelle nouveau couvent et église ne pouvaient être rebâtis sans le secours des fidèles, accorda à ceux qui nous faisaient des aumônes pour la reconstruction et bâtisse dud. couvent la participation des bonnes œuvres qui se pratiquent dans l’Ordre et les affilie à iceluy ». La première tranche des travaux, comprenant l’abside suivie de deux travées flanquées de leurs chapelles latérales, ne dure pas plus d’un an et demi après la pose de la première pierre. Le 18 mai 1528, elle reçoit la bénédiction d’un évêque de Girone qui avait été capturé par les pirates au large de Marseille et qui attendait d’être rapatrié dans son évêché.

 

 

 

Ensuite le chantier se ralentit puisqu’il faut presque vingt ans pour arriver à la quatrième voûte (1547) et encore reste-t-il à construire .la cinquième et dernière travée. Pour le clocher, en novembre 1559, les Prêcheurs demandent un subside à la ville afin d’en achever la construction. Quant à la sacristie, jadis au nord-ouest de l’église et maintenant détruite, elle est bénite en juin 1577 par un Prêcheur arménien, archevêque de Nassivan (Nakhitchevan, RSS d’Azerbaïdjan), de passage à l’occasion d’une visite à Rome. Bien avant l’achèvement de l’église, à l’ouest du chantier principal, deux chapelles avaient été mises en chantier de part et d’autre de l’emplacement de la future cinquième travée. D’abord du côté sud celle qu’en octobre 1535 fait construire la confrérie du Rosaire (première à droite en entrant dans l’église, maintenant occupée par le calorifère !) et qu’en octobre 1538 la confrérie octroie gracieusement à Christophe de Lubaino. En reconnaissance, celui-ci donne aussitôt à la confrérie une somme de 1.600 florins pour acheter un emplacement symétrique du côté nord, où va être édifiée la nouvelle chapelle du Rosaire, achevée en 1548 (aujourd’hui chapelle des fonts baptismaux). Tout ce qui différenciait jadis ces deux chapelles : plan, élévation, dessin des voûtes, a été soit supprimé soit camouflé par les restaurations du XIXe siècle.

 

 

 

En choisissant sa chapelle funéraire aux Prêcheurs et en finançant la chapelle du Rosaire, Christophe de Lubiano a contribué à l’achèvement de l’église vers l’ouest. Après Prégent de Bidoux et Bernardin de Baux, il est le troisième capitaine des galères à patronner la construction. Et comme il avait eu, dans ses fonctions de maître d’hôtel du connétable Anne de Montmorency, à délivrer aux Prêcheurs le reliquat de la somme léguée par Bernardin de Baux, on a fini par confondre les deux et attribuer par erreur à Lubiano la pose de la première pierre de l’église. Un dessin conserve encore le souvenir du monument funéraire érigé sur le tombeau où il fut enseveli le 24 février 1511. A la fin de l’Ancien Régime, ce personnage agenouillé dans la chapelle du Crucifix passait auprès du peuple pour lou sant dei Prêcheur.

 

 

 

Quand la construction de l’église a-t-elle été achevée ? La date de la dédicace fournit un repère extrême, mais sans doute les travaux avaient-ils pris fin auparavant. Le 18 mai 1619, plus de quatre-vingt- dix ans après la première pierre, l’évêque de Fréjus Barthélémy Camelin procède à la consécration de l’édifice. Construit trop tôt pour être à la mode baroque, celui-ci présente un témoin tardif de ce gothique provençal qu’on trouve à la collégiale de Montfavet, à Saint- Didier d’Avignon, à Saint-Laurent de Salon ou aux Prêcheurs d’Arles. Aussi les frères vont-ils rapidement entreprendre de le mettre au goût du jour, d’abord en modernisant la décoration intérieure, ensuite en refaisant la façade. La première partie du programme a anéanti toutes les œuvres d’art qui avaient échappé à la destruction du premier couvent ; comme la Révolution à son tour a fait place nette, presque rien ne subsiste du décor exécuté au XVIIe et au XVIIIe siècles. Demeurent quelques renseignements. Les boiseries et la chaire sont commandées au sculpteur Albert Duparc entre 1688 et 1692. Le peintre Michel Serre décore la plupart des chapelles : le Rosaire, S. Vincent Ferrier, S. Hyacinthe, S. Pierre de Vérone, le Purgatoire. En 1727, on remanie l’abside en y introduisant un chœur « à la romaine » (c’est-à-dire le clergé derrière l’autel) et un autel baroque, dessiné par Michel Serre et exécuté par les Fossati, que Mgr de Belsunce consacre le 3 août 1728.

 

 

 

A ce moment le couvent reçoit la visite du Père Labat, dominicain parisien et observateur narquois des curiosités de Marseille.

 

 

 

« L’église de notre couvent est une des plus grandes et des plus fréquentées de toute la ville. Entre autres chapelles, il y en a une à ivuiche en entrant, dans le fond de laquelle on a pratiqué une arrière- petite chapelle assez basse et voûtée, le milieu du pavé est occupé par une grosse tombe de pierre fermée avec une bonne barre de fer et un bon cadenas, dans laquelle repose le corps d’un particulier, qui a acheté le fond de cette chapelle, qui a fait bâtir cette grotte avec quelque fondation de messes et de prières. A condition expresse que qui que ce soit que lui seul ne sera enterré dans cette chapelle, et surtout sa femme. On peut juger par cet échantillon à quel point était arrivé l’amour conjugal dans cet heureux ménage. Notre couvent est riche, mais il n’est pas beau, il s’en faut bien. Il est vrai qu’il se trouve en+re quatre rues qui gênent beaucoup, et qui l’empêchent de s’étendre, mais il est vrai aussi que ses bâtiments faits à diverses reprises, sans ordre et sans dessein, sont très mal exécutés. La sacristies et le réfectoire sont les seuls endroits qui méritent d’être regardés. Je trouvai dans ce couvent un bon nombre de religieux de mérite la plupart docteurs de la Faculté de Paris, qui me firent toutes sortes d’honnêtetés, et avec lesquels je liai dès ce temps-là un commerce d’amitié, qui a toujours duré depuis ».

 

 

 

Labat est passé trop tôt pour voir la façade baroque édifiée de 1739 à 1744 par les frères Gérard et par le sculpteur Antoine Duparc, beau décor élevé en avant de la nef gothique à la gloire des deux Prêcheurs illustres qui venaient d’être proposés à la vénération des fidèles : Pie V (statue de gauche) canonisé en 1711, Benoît XI (statue de droite) béatifié en 1736. Au fronton, la scène de l’Annonciation présidait à tout ce qui avait été édifié là depuis 1526. Plaquée contre l’église, cette façade avait la fragilité d’un décor ; ébranlée par les travaux du percement de la rue de la République, arasée par les architectes de la ville en 1926, il convient de n’en plus parler qu’au passé tant elle a été impardonnablement défigurée.

 

 

 

Dernier embellissement : l’orgue construit en 1746 par la frère Isnard, du couvent de Tarascon, organier de la basilique de Saint- Maximin et des Prêcheurs d’Aix. Cet instrument, dont Joseph Marchand fut le dernier titulaire aux jours de la Révolution, est la seule pièce du mobilier qui a survécu à la transformation de l’église en temple de la Raison au mois de mars 1794.

 

 

 

Pourtant un couvent de Prêcheurs, ce ne sont pas des murs mais des hommes, assemblés pour célébrer et pour annoncer la Parole. Nous aimerions savoir ce qu’a été leur prière, leur prédication, leur rayonnement. Les documents conservés permettent à peine d’entrevoir que la construction du nouveau couvent, loin d’avoir été un temps de médiocrité morale et de décadence, a correspondu à une exigence intransigeante de réforme régulière. Depuis 1497 le couvent de Marseille, détaché de la province de Provence, appartient à la congrégation réformée dite de France (bien que son implantation soit purement méridionale), dont les débuts remontent à la réforme du couvent d’Arles soixante ans plus tôt. Lorsque le vicaire général de cette congrégation sollicite du légat d’Avignon l’autorisation d’édifier le nouveau couvent, il allègue l’affluence de ceux qui viennent chez les Prêcheurs trouver aide pour le salut de leur âme et l’attachement des Marseillais aux frères de l’observance à cause de l’exemple de vie religieuse réformée qu’ils donnent. Or, depuis la rénovation tridentine jusqu’aux rigueurs jansénistes la même exigence spirituelle semble avoir animé le couvent, sinon de manière continue (je ne prétends pas rattacher au mouvement réformiste l’attentat manqué que deux frères avaient préparé contre Louis Daix et Charles de Casaulx en décembre 1594), du moins par des reprises répétées.

 

 

 

Le grand réformateur dominicain Sébastien Michaelis était fils de notre couvent : né à Saint-Zacharie vers 1543, il était entré aux Prêcheurs de Marseille vers 1560. Bien que la majeure partie de sa carrière se soit déroulée ailleurs, du moins a-t-il exercé à Marseille des fonctions d’enseignement théologique (1572) et d’administration prioriale (1576-1578), avant d’être prieur à Saint-Maximin durant dix ans (1606-1616). Les exorcismes de Madeleine Demandols et le bûcher du malheureux Gaufridy auxquels son nom demeure lié ne doivent pas faire oublier la réforme dont il a été l’instigateur dans le midi languedocien et provençal, qu’il a propagée à Paris et à laquelle ont appartenu les grands spirituels et les grands intellectuels de l’Ordre en France au XVIIe siècle.

 

 

 

Un autre réformateur, Antoine Lequieu, dit Antoine du Saint- Sacrement (fondateur des sœurs sacramentines), soit par rigueur excessive, soit par maladresse de parisien, devait trouver à Marseille moins de succès. Venu établir un prieuré réformé pour lequel l’abbaye de Saint-Victor lui concède l’église du Rouet en mai 1639, il se heurte à l’hostilité procédurière des consuls sans l’accord desquels il a entrepris sa fondation ; l’aventure se termine par l’expulsion d’Antoine Lequieu et de ses compagnons en mars 1642. En même temps, la mission que le maître de l’Ordre lui avait confiée pour réformer le couvent se solde aussi par un échec complet. Quand on connaît le personnage, il est difficile de conclure de cet épisode que le couvent s’était relâché de sa ferveur première ; du moins tenait-il à préserver son autonomie.

 

 

 

Au XVIIe siècle, l’ardeur réformatrice des frères comme leur fidélité thomiste les ont rendus favorables au jansénisme (moins toutefois que les Oratoriens) et hostiles à l’évêque Belsunce « qui pendant dix-sept ans, écrivent-ils, avait sucé le venin de la doctrine moliniste ». Les escarmouches ne manquent pas. En 1718, le P. de Sainte-Croix, inquisiteur d’Avignon, donc fonctionnaire pontifical, soutient à Marseille une thèse sur la grâce (autrement dit, prononce une conférence publique) que Belsunce refuse d’approuver ; en même temps, dans sa correspondance secrète avec Rome, l’évêque dénonce au cardinal secrétaire d’Etat le peu de zèle de l’inquisiteur à l’égard de la bulle Unigenitus. Après la peste de 1720, où la conduite des Prêcheurs durant l’épidémie leur mérite un éloge public décerné par l’évêque, la tension remonte. Au moment où le concile d’Embrun dépose l’évêque janséniste Soanen (1727), Belsunce, par des dénoncia- tions à Rome et à Paris, s’emploie à faire bannir de Marseille une demi-douzaine d’opposants dominicains. Certains d’entre eux étaient fort excités, s’il faut en croire l’évêque, comme le P. de Saint-Jacques proclamant « qu’après la grâce du baptême il n’en reconnaissait pas de plus grande que celle d’être appelant » (Entendez : d’en appeler, contre la bulle Unigenitus, du pape au concile). Un peu plus tard, en 1740, le cours du P. Crozet sur la grâce est dénoncé à l’évêque par le promoteur de la foi, mais les Prêcheurs soupçonnent le jésuite Maire, conseiller théologique de l’évêque, d’avoir extrait les propositions incriminées et d’avoir lui-même rédigé la sentence de condamnation. Comme le prieur provincial prend fait et cause pour la doctrine du P. Crozet, Belsunce obtient des lettres de cachet pour interdire aux auditeurs de l’extérieur le cours public de théologie que donnaient les Prêcheurs et pour expulser du diocèse le professeur suspect. La première sanction ne sera abrogée qu’à l’arrivée du successeur de Belsunce, quinze ans après.

 

 

 

La dernière génération d’avant la Révolution se montre sans doute moins exigeante sans pour autant faire scandale : c’est celle d’humanistes, amis des lettres et des sciences. C’est l’époque où le sous- prieur, Paul-Antoine Mène, après avoir remporté deux prix de l’Académie de Marseille, l’un pour un éloge de Gassendi (1767) l’autre pour un mémoire sur les causes de la diminution de la pêche sur les côtes de Provence et les moyens de la rendre plus abondante (1768), devient membre de cette compagnie en 1773. Quand vient la Révolution, la plupart d’entre eux prêtent le serment constitutionnel et acceptent en silence de quitter la vie conventuelle. Ceux qui sont en désaccord avec la nouvelle politique religieuse s’abstiennent de toute manifestation publique. En revanche, le dernier prieur du couvent, Joseph-Philippe Martelly, devient sans aucun problème curé contitutionnel de l’éphémère paroisse Saint- Dominique, qui a été érigée en août 1791 dans l’église conventuelle et que la tourmente de 1794 va emporter.

 

 

 

Ainsi finit le second couvent des Prêcheurs. L’église conventuelle, devenue paroissiale, a été réouverte au culte au début de 1802, désormais sous le titre de Saint-Cannat ; depuis la fâcheuse destruction du fronton en 1926, plus rien ne rappelle que du temps des Prêcheurs elle était dédiée à l’Annonciation. Quant aux frères Prêcheurs, ils ne se sont rétablis à Marseille qu’après une interruption de soixante-dix ans, en octobre 1862.

 

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