L’ancien couvent de Nice

A défaut de “monuments”, les “documents” ne manquent pas  pour dire l'histoire et la petite histoire du Couvent de Nice, de sa fondation en 1243 par des frères venus d'Avignon, jusqu'à l'expulsion des religieux en 1791 par les troupes françaises, et la destruction des bâtiments conventuels peu après l'annexion du Comté de Nice à l'Etat francais en 1860.

Des documents « d'époque » transmis par les Archives de Turin alors capitale du Duché de Savoie, aux Archives départementales des Alpes-Maritimes qui en transmettent aimablement des photocopies au nouveau couvent de Nice. Quant aux monuments ou vestiges, rien à Nice pour évoquer l'ancien couvent des Dominicains et leur église ….jusqu'à la découverte de l'été 2010 !
Eté 2002, au retour de Lourdes et lors d'un arrêt à Nice, un pèlerin  du bourg de Borsano  à 30 kms de Milan, cherche en vain dans notre église la tombe du Cardinal Simon de Borsano décédé à Nice le 27 août 1381 et inhumé dans le choeur de l'église des Dominicains.

En 2005, à  l'occasion d'un rendez-vous d'affaires à Nice, Mario Colombo, l'ex-pèlerin de 2002, apprend  que  l'ancien couvent dominicain et son église ont été détruits vers 1870 pour faire place à l'actuel  Palais de Justice.

Préparant la célébration du 7e centenaire de naissance du Cardinal, les autorités civiles et religieuses de Borsano, à défaut d'une tombe, vont désormais s'enquérir des vestiges qu'en aurait pu conserver la Ville ou le Diocèse de Nice, et  requièrent notre concours.

Sans tarder, sont consultées  les instances civiles et  religieuses de la Ville :  le Service Archéologique, le Dépôt lapidaire et l'Office du Patrimoine, ainsi que les archives diocésaines  et les églises du Vieux-Nice susceptibles d'avoir reçu des vestiges du couvent des Prêcheurs, comme la Cathédrale, dotée des boiseries du chapitre, ou le  Gésu, du Groupe du Rosaire. Même réponse de ces organismes après force recherches : rien  à Nice, ni vestiges de monument funéraire, ni inscriptions lapidaires, ni documents d'archives civiles ou diocésaines pour rappeler la mort du Cardinal ou  son inhumation chez les Dominicains.

En juin 2010 comme prévu, Borsano a célébré le 7e centenaire du Cardinal, avec certes, l'infortune de recherches inabouties, mais aussi le sentiment que Nice de toute façon reprendrait les recherches.

Et de fait, trois mois plus tard, elles pouvaient reprendre, et mieux ciblées, grâce à la découverte inattendue du  choeur de  l'église des Dominicains  que tous tenaient pour totalement détruite et  rasée lors de la construction du Palais de Justice ; découverte annoncée au grand public par le Préfet des Alpes-Maritimes. en mars 2011, lors d'une journée portes ouvertes à la Préfecture, suite à l'opération  « prospection / inventaire / restauration »  de l'ancien  Palais des Rois Sardes, prescrite en mars 2010 par le  Préfet de Région P.A.C.A.  Une découverte  dont le Couvent de Nice avait connaissance depuis six mois, pour avoir reçu le Rapport final de  l'opération Palais Sarde.
Au terme de 6 mois de travaux relatés au fil des 140 pages du Rapport final - fouilles archéologiques,  écroutage et nettoyage des parements, datation  par archéomagnétisme, études iconographiques et documentaires etc... -   le responsable scientifique de l'opération  a pu établir que le local dénommé atelier  de la Préfecture n'etait autre que le  choeur de l'ancienne église des Dominicains.

Forts de cette découverte inattendue et d'importance, les édiles de Borsano et leur correspondant niçois attendent désormais la mise en oeuvre des travaux demandés par les archéologues pour mettre au jour, à quelques dizaines de cm.sous le sol de l'atelier de la Préfecture, le pavement du choeur et  les vestiges du tombeau où fut inhumé, il y a 630 ans, le Cardinal Simon de Borsano.

Si la Ville de Nice s'enorgueillit d'enrichir ainsi son patrimoine des restes d'un édifice     qui des siècles durant  a joui de l'estime et des faveurs de la Cité et de ses habItants, les  Dominicains, pour leur part, se réjouissent de découvrir des vestiges de  leur ancienne église, et,  grâce au bourg de Borsano, d'enrichir sa petite histoire du faste de funérailles cardinalices.

fr.Marie-Laurent Béthoux, op

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